La Société de Port-Royal

 

Le sceau de l'abbaye de Port-Royal, aujourd'hui emblème de la société

L’histoire de la Société de Port-Royal remonte au XVIIème siècle. Elle est intimement liée à la querelle janséniste. 

Rappel historique sur le mouvement janséniste

La parution posthume du livre de Cornelius Jansenius, l’Augustinus, en 1640, souleva une tempête qui agita le monde religieux et politique en France et en Europe pendant au moins un siècle et demi. Le conflit, qui dépassa bien vite le strict cadre du débat théologique, mettait aux prises d’une part les jésuites, et d’autre part les partisans de Jansenius, appelés jansénistes, dont le point de ralliement était le monastère de Port-Royal des Champs.

vue de Port-Royal des Champs par Madeleine Horthemels

Outre les querelles touchant à la grâce, au libre-arbitre ou à la prédestination, les véritables enjeux se rapportaient à la place de l’Église et de l’individu dans la société, au rôle du Saint-Siège, au contrôle de l’enseignement ou encore à l'émergence d'une conscience individuelle face aux pouvoirs civil et ecclésiastique. En cela les thèmes abordés préfigurèrent ceux qui furent développés par les Lumières au cours du siècle suivant.

La destruction par les autorités du monastère de Port-Royal des Champs en 1711 ne mit pas le mouvement janséniste sous l’éteignoir. Celui-ci prit en effet un tour plus politique : mobilisé par la lutte contre la bulle Unigenitus, il influença considérablement l’agitation parlementaire tout au long du XVIIIème siècle et devint, avec les Lumières, l’autre grand foyer d’opposition au pouvoir. On put encore en ressentir les effets lors de la Révolution, avec la Constitution Civile du clergé promulguée en 1790, qui reprit des thèmes chers aux jansénistes, mais aussi avec l’œuvre de l’abbé Grégoire en faveur du prêtre-citoyen, de l’émancipation des juifs ou de l’abolition de l’esclavage, fruits d’une réflexion fortement influencée par ce mouvement de pensée.

Au cours du XIXème siècle, le jansénisme s’orienta de plus en plus vers le culte de la mémoire de Port-Royal des Champs et de la geste de ses héros. Si le concile de Vatican I en 1869-70 le tira un moment de sa léthargie à l'occasion des  débats sur l’Immaculée Conception et l’infaillibilité pontificale, il scella en même temps le sort du mouvement, rejetant les uns dans le schisme et obligeant les autres à rentrer dans le rang.

Histoire de la Société de Port-Royal

Selon la légende, Perrette, aurait économisé son argent dans une boîte à lait, qu’elle aurait ensuite léguée à son maître, Pierre Nicole, un des grands intellectuels de Port-Royal. Telle serait l’origine légendaire -mais historiquement fausse- de la Boîte à Perrette, fonds de secours des "Amis de la Vérité", dont la gestion a été la vocation première de la Société.

De fait, ce fut Pierre Nicole qui, par testament, institua une caisse confiée à perpétuité à des fideis-commis. Les premiers administrateurs furent, entre autres, le Père Charles Armand Fouquet (fils du fameux surintendant), l’abbé Pierre Gervais Le Fèvre d’Eaubonne, appelant de la bulle Unigenitus, puis Denis Rouillé des Filletières qui se vit confier la fortune en question en 1765. Celle-ci s’augmenta, par legs ou par dons, dans de telles proportions que Rouillé des Filletières décida de ne pas léguer l’ensemble des capitaux à une même personne.

En réalité, malgré ces dispositions, il semble que la caisse ait été centralisée entre les mains d'un certain Joseph-Nicolas de Fays, qui s’en servit tout au long de la Révolution pour soutenir religieux et émigrés amis, avant de mourir en 1797, non sans avoir organisé l’avenir des fonds. Des cinq années qui suivirent sa mort, on sait peu de choses.

Cette période de la société a été étudiée par Nicolas Lyon-Caen. Sa thèse a été publiée chez Albin Michel en 2010 sous le titre : La Boîte à Perrette : le jansénisme parisien au XVIIIe siècle.

 C’est en 1802 que fut crée une société tontinière, notamment animée par Jean Philippe Gaspard Camet de la Bonnardière, maire du XIème arrondissement (l'actuel Vème). La Société fut bientôt en charge de l’administration du temporel des Frères des Écoles chrétiennes du faubourg Saint-Antoine (association dans la mouvance de Port-Royal vouée à l’éducation chrétienne née au début du XVIIIème siècle, au même moment que les Sœurs de Sainte-Marthe). Plusieurs personnes se succédèrent à la tête de la Société au cours du XIXème siècle, jusqu’à ce que Gabriel Gazier, le père du grand historien du jansénisme Augustin Gazier, en fût élu président en 1863.

 En 1845, la Société devenait Société de Saint-Augustin, puis Société civile immobilière en 1921, et enfin Société de Port-Royal. Elle hérita d'une partie des archives des Frères des Écoles chrétiennes du faubourg Saint-Antoine et des Sœurs de Sainte-Marthe.

   Aujourd'hui, la Société de Port-Royal se consacre à la gestion du patrimoine historique et culturel dont elle dispose, à savoir la Bibliothèque de Port-Royal, à Paris. Elle a troqué le militantisme religieux du siècle dernier pour une approche plus culturelle de mémoire, de conservation et de rayonnement. Son président, depuis le début des années 1990, est Bernard Gazier, professeur à l'Université Paris I et directeur de recherches au CNRS. La Société de Port-Royal a fait don à l'Etat des ruines de l'abbaye de Port-Royal le 13 septembre 2004, ce qui a permis la réunification du site de Port-Royal des Champs

Donation des ruines de l'abbaye

Le lundi 13 septembre 2004, lors d'une cérémonie réunissant Bernard Gazier, président de la Société de Port-Royal, Jean-Paul Calon, président d'honneur de la Société de Port-Royal, Gérard Ferreyrolles, président de la Société des Amis de Port-Royal, Robert Daussy, président de l'association des Amis des Granges, Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication, Valérie Pécresse, députée, Jean-Paul Huchon, président du Conseil Régional d'Ile-de-France, Franck Borotra, président du Conseil Général des Yvelines ainsi que de nombreuses autres personnalités, la donation des ruines de l'abbaye de Port-Royal faite à l'Etat par la Société de Port-Royal a été officialisée. On peut trouver en ligne le discours du ministre et le communiqué du Ministère de la Culture.

Port-Royal des Champs aujourd'hui

On confond souvent la Société de Port-Royal et la Société des Amis de Port-Royal. S'il existe une grande proximité entre les deux associations, leurs vocations sont toutefois très différentes. Alors que la Société de Port-Royal se place dans une perspective patrimoniale, la Société des Amis de Port-Royal adopte une approche avant tout intellectuelle puisqu'elle organise colloques, conférences ou tables rondes et qu'elle édite les Chroniques de Port-Royal. Cette association a longtemps été présidée par Philippe Sellier puis par Gérard Ferreyrolles et Jean Lesaulnier. C'est désormais Simon Icard qui la dirige.

Haut de la page
Retour à l'index Plan du site
La Bibliothèque Activités Actualités Lecteurs Bibliothécaires Forum Liens Litteræ Catalogue Scriptæ

Dernière actualisation de la page : 2 janvier 2019

                                                                                                                                                               

© Société de Port-Royal 2001-2019

Informations et contact